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Silvio Brlusconi a fait le déplacement mercredi à Lampedusa, se livrant à un véritabble show devant les habitants de l'île confrontée à l'arrivée de milliers de migrants ces dernières semaines.
Silvio Brlusconi a fait le déplacement mercredi à Lampedusa, se livrant à un véritabble show devant les habitants de l'île confrontée à l'arrivée de milliers de migrants ces dernières semaines. | AFP/ALBERTO PIZZOLI Zoom
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Deux premiers navires sont arrivés mercredi matin à Lampedusa pour évacuer les 6 000 immigrés, en majorité tunisiens, qui s'y entassent dans des conditions de misère et d'hygiène déplorable depuis des semaines.
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Ils doivent être transférés dans des centres d'accueil, en Sicile et dans la péninsule. Le gouvernement italien veut mettre fin à la crise sanitaire et aux tensions avec la population locale. Dans la matinée, une centaine de nouveaux migrants ont encore débarqué d'un navire, et, selon le président de région, Raffaele Lombardo, cinq autres embarcations étaient attendues.
Le show du Cavaliere
Preuve du caractère hautement politique de cette opération : le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, a fait le déplacement. Comme à son habitude, le Cavaliere s'est livré à un véritable show devant les habitants de l'île, à qui il a promis monts et merveilles, y compris un golf et une candidature au prix Nobel de la Paix, pour les dédommager des débarquements de migrants. «D'ici deux jours et demi, soit 48 à 60 heures, Lampedusa sera habitée uniquement par des Lampedusains», a lancé le Cavaliere, lors d'un discours improvisé devant une centaine d'habitants rassemblés face à la mairie. Et de détailler le plan gouvernemental : sept navires «pour un total de 10 000 places», qui sont déjà à quai ou qui vont arriver sur cette minuscule terre de 20 km2.
Berlusconi achète une maison sur l'île
Berlusconi a promis qu'il y aurait désormais en permanence un grand ferry présent à Lampedusa pour permettre l'évacuation d'éventuels nouveaux immigrés si ces derniers arrivaient en grand nombre. Le milliardaire a même annoncé avoir acheté la veille sur Internet une maison de l'île. «Je me suis dit : comment garantir aux Lampedusains que les promesses seront respectées ? Je dois devenir lampedusain moi aussi», a-t-il expliqué, décochant au passage une flèche à la presse écrite qu'il abhorre : «Demain, vous lirez dans la presse de gauche : Conflit d'intérêt ! Très bien, prenons soin de nos intérêts». Et de disparaître aussitôt, pressé d'aller visiter sa nouvelle acquisition : une petite maison blanche entourée de palmiers et de pins maritimes.
L'Italie dénonce l'inertie de l'Europe
Ces derniers jours, la cohabitation entre les immigrés et les 5 000 habitants y était devenue «insupportable», selon la porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) en Italie, Laura Boldrini. Sur le quai de la gare maritime, où sont massés des milliers d'immigrés, l'odeur est pestilentielle : seuls trois WC chimiques pourvoyaient aux besoins des milliers d'immigrés, contraints d'uriner et déféquer en plein air, sans possibilité de se laver.
Faute du soutien de l'Europe - «inerte», selon le chef de la diplomatie, Franco Frattini, qui a aussi fustigé «une absence de solidarité» de la France, repoussant systématiquement les Tunisiens tentant d'entrer sur son territoire depuis la ville frontalière de Ventimille - l'Italie a laissé la situation s'aggraver, selon Laura Boldrini. Elle a accusé Berlusconi d'avoir «créé un cul de sac sur l'île» alors qu'«auparavant les nouveaux arrivants étaient identifiés dans les 48 heures puis évacués».
Le président italien dénonce une situation «inacceptable»
Fait assez exceptionnel, le président de la République Giorgio Napolitano, très respecté en Italie et très discret, est intervenu pour dénoncer une situation «inacceptable». Il a demandé aux autres régions de la péninsule de faire preuve de «cohésion et solidarité». Un avertissement aux régions du Nord de la botte, contrôlées par le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord, allié indispensable de la coalition de Silvio Berlusconi depuis les dernières élections, et dont est issu le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni, très critiqué pour son inaction.
«La situation sur l'île sera résolue» mercredi, a promis ce dernier. Sur place, habitants et immigrés paraissent sceptiques. Les forces de police ont commencé, mardi, à recenser les immigrés. Ces procédures d'identification se poursuivent sur le port : emmenés par petits groupes, les clandestins sont photographiés et leurs empreintes digitales prises dans un bâtiment. L'inquiétude prévaut parmi les migrants.
«Aujourd'hui j'ai peur, j'ai très très peur»
Béchir, un Tunisien de 21 ans, veut quitter au plus vite l'île. Il a fuit son pays «parce qu'il n'y a pas de travail en Tunisie» et rêve, comme beaucoup d'autres, de «rejoindre sa famille en France». Mais ce mercredi, il est rongé d'inquiétude : «je ne sais pas ce qui va se passer aujourd'hui j'ai peur, j'ai très très peur», confie-t-il à l'AFP. Une fois embarqués, la destination des migrants n'est en effet pas connue. Des centres ont été installés pour les accueillir. Il se situent essentiellement dans des zones rurales des Pouilles et de Sicile, deux régions du sud défavorisé de l'Italie.
Depuis la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, à la mi-janvier, plus de 18 000 migrants sont arrivés à Lampedusa, un confetti de 20 km2 à mi-chemin entre la Tunisie et la Sicile, contre 4 000 pour toute l'année 2010.
le parisien