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Trois chefs de l'opposition tunisienne se sont retirés mardi du gouvernement de transition, contribuant à son affaiblissement, alors que le mouvement islamiste Ennahda a obtenu sa légalisation. Sur le terrain, la situation s'est relativement calmée à Tunis : des magasins ont rouvert et la circulation s'est animée sur l'avenue centrale Habib Bourguiba, épicentre de la contestation, même si les renforts militaires et policiers ont été maintenus autour du ministère de l'Intérieur. Les ministres tunisiens de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Ahmed Ibrahim, et du Développement régional et local, Ahmed Néjib Chebbi, ont tour à tour annoncé leur démission du gouvernement de transition. Ils étaient les seuls représentants de l'opposition dans ce cabinet. Ils ont été suivis par le ministre auprès du Premier ministre chargé des réformes économiques et sociales, Elyes Jouini.
Ahmed Ibrahim, chef du parti Ettajdid (ex-parti communiste), a indiqué à l'AFP avoir "la conviction qu'il pourrait mieux servir la révolution en étant en dehors du gouvernement". "Le mouvement Ettajdid aura la pleine liberté d'agir pour contribuer à la transition démocratique" souhaitée pour la Tunisie après la chute à la mi-janvier du président Zine el-Abidine Ben Ali, a ajouté Ahmed Ibrahim. "J'annonce ma démission en raison de l'hésitation et du flou qui ont marqué l'action du gouvernement de Mohamed Ghannouchi", a déclaré Ahmed Chebbi, dirigeant du Parti démocratique progressiste (PDP), lors d'une conférence de presse.
Cafouillage politique
Deux ministres ont déjà démissionné lundi du gouvernement de transition, au lendemain de la démission du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, aussitôt remplacé par Béji Caïd Essebsi, 84 ans, un libéral qui avait servi sous Habib Bourguiba (président de 1957 à 1987). Il s'agissait de Mohamed Nouri Jouini, qui avait le portefeuille de la Planification et de la Coopération internationale, et de Mohamed Afif Chelbi à l'Industrie et à la Technologie, qui avaient fait partie du dernier gouvernement Ben Ali.
Cette valse des démissions témoigne du cafouillage politique dans lequel se débat le gouvernement de transition, qui, affaibli, aurait accepté l'idée de la mise en place d'une Assemblée constituante, prônée par un collectif de partis et d'ONG, et de renoncer à l'organisation d'une élection présidentielle. Le nouveau Premier ministre tunisien Béji "Caïd Essebsi m'a informé que le gouvernement a décidé de se plier au Conseil de la protection de la révolution. Il n'y aura pas d'élection présidentielle, mais celle d'une Assemblée constituante", a déclaré aux journalistes Ahmed Chebbi en annonçant sa démission. L'Assemblée constituante est une idée phare du Conseil de la protection de la révolution, un collectif en cours de formation et regroupant quelque 14 partis politiques, la puissante Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) et des organisations de la société civile.
Risque d'un vide constitutionnel
En outre, le président de la République par intérim "Foued Mbazaa ne prolongera pas son mandat", qui expire à la mi-mars selon la Constitution, a ajouté Ahmed Chebbi en citant Caïd Essebsi, tout en mettant en garde contre le risque d'"un vide constitutionnel" dans le pays. "Le gouvernement de transition doit démissionner en bloc. C'est un cabinet fantoche, incapable et qui a échoué", a déclaré à l'AFP Hamma Hammami, chef du Parti ouvrier communiste tunisien (POCT).
Revenant sur la répression policière des troubles ayant conduit à la chute du président Ben Ali, Amnesty International a assimilé à des "meurtres" la mort de plusieurs manifestants tués en Tunisie entre les 8 et 16 janvier. "Ce sont des meurtres qui doivent faire l'objet d'une enquête transparente, impartiale et complète", a déclaré un responsable d'Amnesty International, Denys Robiliard, qui a présenté à Tunis les conclusions d'une mission d'enquête effectuée en Tunisie.