Source AFP
Les forces bahreïnies ont tiré jeudi sur une poignée de chiites qui ont bravé l'interdiction de manifester alors que six figures de l'aile dure de l'opposition étaient arrêtées, au lendemain de la répression sanglante de contestataires à Manama. L'ONU a dénoncé, jeudi, la prise d'assaut des hôpitaux et des centres médicaux par les forces de l'ordre à Bahreïn, commise en "violation flagrante" de la législation internationale. La situation demeurait tendue à Manama et dans les villages chiites autour de la capitale, et la circulation était entravée par un déploiement massif des forces de l'ordre. Quelques centaines de personnes ont tenté de manifester dans le village de Deih, à l'ouest de Manama, mais les policiers ont tiré au fusil de chasse et lancé des grenades lacrymogènes sur les protestataires.
Les autorités avaient annoncé mercredi que les rassemblements, marches et sit-in étaient interdits à travers le pays, au lendemain de l'assaut des forces de sécurité contre des manifestants chiites observant un sit-in sur la place de la Perle, à Manama, au cours duquel cinq personnes avaient été tuées. Les banques et beaucoup de commerces sont restés fermés jeudi à Manama, de même que les écoles jusqu'à nouvel ordre, alors que des troupes étaient postées dans le district financier abritant la plupart des compagnies internationales. Le couvre-feu imposé dans le centre de Manama a cependant été allégé et est désormais imposé de 20 heures à 4 heures locales (18 heures à 2 heures à Paris), selon la télévision d'État.
Six opposants arrêtés
Les personnes arrêtées sont cinq figures radicales chiites, dont certaines ont appelé à la chute de la monarchie, et un opposant de gauche sunnite. Les six opposants étaient "en contact avec des États étrangers" et avaient appelé à "la chute du régime", selon un communiqué officiel qui a indiqué que "des mesures judiciaires" seraient prises à leur encontre. La répression des manifestants campant sur la place de la Perle depuis le 19 février a été ordonnée après l'arrivée dans ce petit royaume du Golfe à majorité chiite de renforts armés des voisins saoudien et émirati pour aider la dynastie sunnite des Al Khalifa à contenir la contestation chiite.
Les autorités ont notamment arrêté Hassan Machaimaa, secrétaire général du Haq, un mouvement chiite interdit, le militant Abdeljalil al-Singace, souffrant d'une paralysie des jambes, et Abdelwahab Hussein, chef du Wafa, un petit groupe chiite radical. Les mouvements Haq et Wafa ont appelé le 9 mars à l'instauration d'une "République démocratique" à Bahreïn, alors que le plus grand parti de l'opposition chiite, le Wefaq, réclame uniquement des réformes et n'a jamais appelé au renversement de la monarchie.
Le soulèvement réprimé à Bahreïn, siège de la Ve flotte américaine, et l'intervention de troupes de la région inquiètent la communauté internationale, États-Unis en tête, et ont été par ailleurs dénoncés par plusieurs pays à majorité chiite, dont l'Iran qui a rappelé son ambassadeur à Bahreïn. Le président américain Barack Obama a exprimé aux roi saoudien et bahreïni sa "profonde inquiétude" au sujet des violences à Bahreïn lors d'appels téléphoniques mercredi. Il a aussi souligné "l'importance d'un processus politique comme seule façon de répondre aux demandes légitimes des Bahreïnis". Sa secrétaire d'État Hillary Clinton a, de son côté, jugé que les États du Golfe qui ont envoyé des troupes à Bahreïn étaient "sur la mauvaise voie". Le Premier ministre britannique David Cameron s'est également entretenu au téléphone avec le roi de Bahreïn pour l'appeler à répondre aux manifestations "par des réformes et non par la répression", après que Londres eut appelé ses ressortissants à quitter le royaume.