Après plus de deux semaines d'insurrection, le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, s'accrochait toujours au pouvoir, mardi 1er mars, alors que l'opposition, qui règne sur de vastes régions de Libye, organisait la lutte armée et que les Occidentaux envisageaient tous les scénarios, y compris militaires.
Le Guide de la révolution libyenne et ses forces ne contrôlent plus que la capitale, Tripoli, et sa région, ainsi que les villes de Syrte et de Sebha. Mais, selon des témoins, des militaires pro-régime ont renforcé la frontière avec la Tunisie, qu'ils avaient désertée dimanche et lundi.
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La communauté internationale renforce ses pressions. Prenant une décision à la portée symbolique forte, l'Assemblée générale des Nations unies a voté, mardi à New York, la suspension de la Libye du Conseil des droits de l'homme de l'ONU en raison de la violente répression menée par Kadhafi. Le Conseil de sécurité pourrait prendre rapidement d'autres mesures, a indiqué l'ambassadeur britannique à l'ONU.
Sur le terrain, une intervention militaire n'est pas exclue. Mardi, deux navires de guerre américains, avec à leur bord plusieurs centaines de marines, s'approchaient des côtes libyennes. Le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, a précisé dans la journée que ces forces pourraient servir à une éventuelle opération d'évacuation et d'assistance humanitaire.
Pour autant, le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé, a de son côté assuré qu'"aucune intervention militaire" ne se ferait en Libye "sans mandat clair des Nations unies". Une intervention de l'OTAN "mérite d'être regardée à deux fois" et pourrait être "extrêmement contre-productive" dans l'opinion arabe, a-t-il ajouté.
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L'Occident réfléchit aussi à une interdiction de l'espace aérien afin d'empêcher les avions militaires libyens de bombarder civils et opposants. Mais l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne nécessiterait la destruction préalable des défenses anti-aériennes libyennes et demanderait par ailleurs des moyens matériels considérables. Par ailleurs, Robert Gates a admis mardi qu'il n'existait pas encore de consensus au sein de l'OTAN à ce sujet.
>> Lire : La création d'une zone d'exclusion aérienne en discussion
L'opposition poursuit sa fronde. A Benghazi, épicentre de la contestation dans l'Est, l'insurrection a créé un conseil militaire, embryon d'une future armée, pour chasser M. Kadhafi du pouvoir et envoie déjà des "volontaires" dans l'ouest du pays et à Tripoli pour combattre les milices armées du Guide.
Manifestation de l'opposition à Zenten, mardi 1er mars.
Manifestation de l'opposition à Zenten, mardi 1er mars.AFP/FRED DUFOUR
Plus à l'ouest, à Zenten, à 145 km au sud de Tripoli, l'opposition contrôle la ville mais craint une contre-offensive des forces pro-Kadhafi. Elle revendique également le contrôle de plusieurs villes autour de la capitale et dans l'Ouest, dont Nalout, Zaouiah, Misrata et Gherien.
>> Voir : Les villes libyennes désertées par les pro-Kadhafi
Saïf Al-Islam Kadhafi, le fils cadet du dirigeant libyen, a de son côté nié que le régime libyen ait attaqué des civils, dans une interview à la chaîne britannique Sky News. Il a en outre reconnu qu'il n'y avait plus d'"armée organisée" dans l'est du pays, mais a rejeté l'idée que le gouvernement ne contrôlait plus cette région.
Dans un chat sur Le Monde.fr, Sliman Bouchuiguir, président de la Ligue des droits de l'homme libyenne, estime au contraire que "M. Kadhafi a fait tellement de tort aux Libyens qu'ils vont surmonter tout obstacle pour se débarrasser de lui".
>> Lire : "Je ne crois pas au risque d'un coup d'Etat militaire"
Selon ABC News, l'USS "Kearsarge" serait en train de faire route vers la Méditerranée.
Selon ABC News, l'USS "Kearsarge" serait en train de faire route vers la Méditerranée. REUTERS/© Alberto Lowe / Reuters
La situation humanitaire s'aggrave. A la frontière libyo-tunisienne, la situation a atteint un niveau de "crise" après le passage de quelque 75 000 personnes fuyant la répression de Tripoli depuis le 20 février, s'est alarmé le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, rappelant que plus de 40 000 personnes attendent toujours d'entrer en Tunisie. Rémy Ourdan, l'envoyé spécial du Monde à Ras Adjir, à la frontière, évoque une "pagaille assez indescriptible" et quelques tensions.
"Nous sommes en train de regarder comment la marine nationale française pourrait venir à l'aide des Egyptiens qui sont en train de fuir la Libye et de se présenter à la frontière tunisienne", a déclaré Alain Juppé mardi soir dans une interview sur TF1